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23.06.2008
Aromathérapie
C'est une substance odorante volatile produite par certaines plantes et pouvant être extraite sous forme de liquide. Bien qu'on les appelle huiles, ces substances ne contiennent aucun corps gras : une goutte déposée sur un papier s'évaporera sans laisser de trace contrairement à une huile végétale.
Le règne végétal compte plusieurs centaines de milliers d'espèces et 4 000 d'entre elles fabriquent des essences aromatiques; toutefois, seulement quelques centaines le font en quantité suffisante pour qu'on puisse les extraire. Aujourd'hui, l'extraction se fait surtout selon trois procédés :Pression à froid, pour certaines plantes, comme l'orange, dont l'écorce renferme de l'huile essentielle;
Extraction par solvant, dont le dioxyde de carbone, surtout pour les fleurs fragiles;
Distillation à la vapeur, un procédé inventé au XIe siècle et le plus utilisé aujourd'hui.
L'extraction des huiles essentielles est coûteuse, surtout à cause de la très grande quantité de matière première requise : il faut compter environ 35 kg de plantes, en moyenne, pour obtenir un litre d'huile essentielle; et c'est bien davantage dans le cas de certaines plantes comme la rose. D'où les prix élevés des véritables huiles essentielles. Car il existe aussi des huiles synthétiques, qui conviennent à la parfumerie, mais pas à l'aromathérapie.
Depuis des milliers d'années, les huiles essentielles sont utilisées couramment en cuisine, en médecine, en parfumerie et dans l'industrie cosmétique. Mais, c'est à la fin du XIXe siècle, en France, que commence l'histoire moderne de l'aromathérapie, au moment où l’on prouvait scientifiquement la capacité des huiles essentielles à neutraliser les bactéries (vers la même époque, on découvrait les antibiotiques, ce qui a eu pour effet d'écarter l'aromathérapie du champ de la médecine). On doit à René-Maurice Gattefossé, en 1928, la première utilisation du terme aromathérapie. On voit aussi, mais rarement, parfumothérapie.
Des composés chimiques complexes
Une huile essentielle peut renfermer jusqu'à des centaines de sortes de molécules, chacune ayant des propriétés particulières (antiseptique, bactéricide, immunostimulante, décongestionnante, etc.). Les scientifiques regroupent ces molécules en plusieurs chémotypes ou « familles biochimiques » - cétones, esters, coumarines, phénols, monoterpénols, etc. -, en fonction de la similarité de leurs propriétés.
De nombreuses huiles comprennent plus d'un chémotype. La sauge sclarée (Salvia sclarea) (voir notre fiche sauge psn), par exemple, contient 250 molécules différentes, dont 75 % issues de la famille des esters et 15 %, de celle des monoterpénols. Les molécules travaillent en synergie, ce qui explique la polyvalence des huiles essentielles et leur vaste spectre d'action. Une fois que l'on connaît les propriétés des chémotypes ainsi que leur concentration dans une huile essentielle, on peut déterminer quels seront les effets de celle-ci, bienfaisants ou dangereux.
Il ne faut pas mélanger, pour une même plante, les propriétés de son huile essentielle et celles des feuilles ou des fleurs prises en décoction, par exemple. Ni confondre huiles essentielles, essences culinaires et parfums.
Potentiellement toxiques
Les huiles essentielles sont très concentrées en éléments chimiques actifs et peuvent présenter certains dangers. Plusieurs composés sont agressifs ou allergènes pour la peau et les muqueuses, d'autres peuvent être toxiques à forte dose ou sur une longue période. En ce qui concerne l'usage interne, il faut savoir que certains chémotypes, comme les cétones, sont des poisons et ne doivent jamais être absorbés. Les huiles essentielles ne doivent pas, en principe, être ingérées pures. Comme pour tout médicament, il importe de bien se conformer aux recommandations d’utilisation. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter un aromathérapeute qualifié.Enfin, il faut savoir qu'une même plante peut inclure diverses espèces, dont chacune possédera des chémotypes différents. La lavande (Lavandula), par exemple, compte plusieurs espèces dont les officinalis, les stoechas et les latifolia; c'est donc le nom latin complet qui nous permet de savoir de quelle plante exacte il s'agit. Le lieu de culture (climat, altitude, composition du sol) peut aussi influencer la composition chimique d'une plante.
Huile chémotypée ou artisanale?
Les huiles essentielles, dites « chémotypées », proviennent de laboratoires qui sont en mesure de déterminer la structure biochimique exacte de leurs produits. Ces huiles sont particulièrement bien indiquées pour les usages thérapeutiques spécifiques, tandis que les huiles artisanales (identifiées uniquement par le nom de la plante) conviennent aux usages généraux. Certains laboratoires produisent aussi des formules, combinant plusieurs huiles aux propriétés complémentaires pour traiter des affections précises.
Dans le domaine des huiles essentielles, il existe en fait deux écoles qu’on pourrait qualifier de scientifique et d’artisanale. La première insiste sur l'importance de la standardisation des produits pour assurer une thérapie efficace et précise. L'école artisanale soutient, pour sa part, que les légères variations de chémotypes sont d'importance toute relative, et préconise de privilégier les plantes indigènes quand c'est possible. Le producteur québécois d'huiles essentielles Mikaël Zayat affirme que « les plantes indigènes sont mieux adaptées pour combattre les microbes indigènes », et qu'elles risquent moins de provoquer des effets secondaires.
Applications thérapeutiques
Les Français, chefs de file de l'aromathérapie scientifique contemporaine, ont identifié plus de 80 propriétés s'appliquant à l'une ou l'autre ou à plusieurs des quelque 40 huiles essentielles courantes - d'antalgique à vermifuge en passant par hypotenseur et stimulant gastrique. Il n'y a toutefois que peu ou pas de confirmations de ces effets par la voie des recherches cliniques; la plupart des études ont été faites en laboratoire ou sur des animaux.
Pour l’instant, les résultats d’études cliniques soulignent surtout les effets relaxants de l’aromathérapie, qui permettent, par exemple, de réduire l’anxiété ou l’agitation. La difficulté d’établir des études à l’aveugle, puisque la présence d’huile essentielle se détecte par l’odeur1, crée un problème méthodologique important.
Réduire l’anxiété. Selon une revue systématique réalisée en 2000 incluant six études cliniques randomisées totalisant 456 participants, l’aromathérapie semble avoir un effet bénéfique sur la réduction à court terme de l’anxiété.
Trois autres études cliniques randomisées, regroupant 388 participants, soulignent un effet bénéfique de l’aromathérapie pour diminuer l’anxiété et améliorer l’humeur de personnes hospitalisées ou avant une intervention clinique. Une d’entre elles portait sur des patients attendant un traitement dentaire. Dans la salle d’attente, ils ont été soit mis en présence d’huile essentielle de lavande ou d’orange, soit ont écouté de la musique douce, ou encore n’ont subi aucune intervention (groupe contrôle). Les participants des groupes orange et lavande ont exprimé un degré d’anxiété moins élevé et une meilleure humeur comparativement aux autres. Cependant, cette étude ne permet pas de discerner l’effet de ces huiles essentielles spécifiques de celui provenant simplement de l’inhalation d’odeurs agréables. En effet, comme le souligne un autre essai clinique randomisé incluant 66 femmes en attente d’avortement, l’effet calmant que procure l’inhalation d’huiles essentielles serait égal à celui d’un placebo à l’odeur agréable (revitalisant capillaire).
Des études cliniques ont également été réalisées pour étudier l’effet relaxant de l’aromathérapie combinée au massage. Au cours d’un essai clinique randomisé, on a comparé l’effet d’un massage avec ou sans huile essentielle de lavande sur l’anxiété et l’humeur de patients en soins intensifs. Un groupe contrôle est simplement demeuré en période de repos. Comparativement aux autres groupes, les participants ayant reçu de l’aromathérapie ont rapporté une plus grande amélioration de leur humeur et de leur degré d’anxiété.
Améliorer la qualité de vie et les symptômes physiques des personnes atteintes de cancer. Une revue systématique publiée en 2004 a conclu que le massage combiné à l’aromathérapie pouvait améliorer le bien-être psychologique des patients atteints de cancer et, dans une moindre mesure, réduire leur anxiété et certains symptômes physiques (douleur, fatigue, nausée, vomissement, constipation). Parmi les huit essais cliniques inclus dans cette revue, deux ont évalué l’effet particulier que l’aromathérapie pouvait ajouter au massage. L’un d’eux a comparé l‘effet d’une série de massages standards à celui de massages à l’huile essentielle de camomille romaine. Les résultats indiquent que les deux interventions ont procuré une réduction similaire du degré d’anxiété des participants. Cependant, en ce qui concerne la qualité de vie et certains symptômes physiques, l’addition d’huile essentielle au massage a augmenté les effets bénéfiques.
Induire les symptômes de la démence. Un essai clinique randomisé a comparé l’efficacité de l’aromathérapie en massage (huile essentielle de mélisse - Melissa officinalis) à un traitement placebo (massage à l’huile de tournesol) sur les symptômes d’agitation reliée à la démence. Les résultats révèlent un effet positif en faveur de l’aromathérapie en ce qui concerne l’agitation et les symptômes neuropsychiatriques. Toutefois, ces bénéfices n’ont été observés que dans une seule étude qui présentait certains biais méthodologiques. Seul un essai clinique de bonne qualité permettrait de tirer des conclusions définitives.
D’autre part, l’huile essentielle de lavande en aérosol pour l’amélioration de l’agitation des patients souffrant de démence a fait l’objet de deux petits essais cliniques dont les résultats ont été peu concluants. Mais les auteurs ont fait remarquer que cela pourrait s’expliquer en partie parce que les patients déments présentent fréquemment des troubles olfactifs importants, et qu’une application cutanée pourrait être plus bénéfique.
Réduire la pelade (perte de cheveux par plaques). Dans une étude clinique randomisée à double insu, 86 patients furent divisés en deux groupes: massage avec aromathérapie (huiles essentielles de thym, lavande, romarin et cèdre), et massage seul (huile de jojoba et de pépins de raisin). Les participants des deux groupes devaient se masser le cuir chevelu quotidiennement pendant sept mois. Quoique variable, le traitement actif s’est avéré supérieur au placebo. Une amélioration éloquente a été observée chez 44 % des patients du groupe aromathérapie comparativement à 6 % pour le groupe contrôle.Diminuer les démangeaisons causées par l’hémodialyse (prurit). Une petite étude pilote randomisée a comparé pendant quatre semaines l’efficacité d’un massage avec aromathérapie (huiles de lavande et de melaleuca) ou sans aromathérapie (huile d’amande douce et de jojoba). Les démangeaisons ont diminué de façon éloquente pour le groupe aromathérapie comparativement au groupe massage. Des études de plus grande envergure, incluant des groupes lavande et melaleuca séparés, devront maintenant être réalisées pour confirmer l’efficacité spécifique de chacune de ces huiles.
Améliorer les conditions de vie des enfants prématurés. Une étude a évalué l’effet de la stimulation olfactive sur la fréquence et la gravité de l’apnée du sommeil chez les enfants prématurés. Quatorze bébés nés prématurément ont été exposés à une odeur agréable (vanilline) durant 24 heures dans leur incubateur. L’efficacité du traitement a été évaluée en comparant la fréquence et la gravité des crises d’apnée avant et après l’intervention. Une réduction de 36 % des apnées fut mesurée chez plus de 85 % des bébés. Les auteurs concluent que l’exposition à une odeur agréable pourrait être une approche à considérer pour le traitement des apnées des prématurés ne répondant pas bien aux traitements classiques.
Un essai clinique randomisé a évalué l’effet de l’inhalation d’une odeur familière sur la détresse comportementale au moment d’une prise de sang. Parmi 51 bébés prématurés ayant dû subir une prise de sang sur la main (peu douloureuse) ou sur le talon (plus douloureuse), certains ont été préalablement familiarisés avec une odeur de vanille qui leur a ensuite été présentée au moment de la prise de sang, d’autres n’ont été exposés à cette odeur qu’au moment de l’intervention et d’autres, enfin, n’ont reçu ni familiarisation ni odeur. Les résultats indiquent que la détresse des bébés (pleurs et grimaces) pouvait être réduite par une odeur agréable avec laquelle les bébés étaient déjà familiers. Mais cet effet ne s’est manifesté que dans le cas d’une intervention engendrant une douleur légère.
Traiter l’insomnie légère. Une petite étude préliminaire réalisée en 2005 démontre que l’huile essentielle de lavande, appliquée par massage, pourrait être un traitement efficace contre l’insomnie légère. Pendant quatre semaines, dix patients souffrant de troubles du sommeil se sont massés avant le coucher, en alternant d’une semaine à l’autre soit avec un traitement actif (huile d’amande douce et lavande), soit avec un placebo (huile d’amande douce). Les résultats révèlent une tendance vers une meilleure qualité de sommeil chez les patients s’étant massé à l’huile de lavande.
Une autre étude souligne l’effet sédatif de l’huile essentielle de lavande. Trente et un participants ont dormi pendant trois nuits dans un laboratoire expérimental. La première nuit consistait en une période d’adaptation. Au cours de la seconde, on a diffusé de l’huile essentielle de lavande pendant le sommeil des participants. La troisième nuit, ils ont reçu une stimulation placebo (eau distillée). Une mesure des ondes cérébrales a permis de constater que la stimulation à la lavande augmentait les périodes de sommeil profond et diminuait les mouvements rapides des yeux durant le sommeil.
Réduire les symptômes de la ménopause. Quinze femmes ont participé à une étude pilote non randomisée sur l’effet thérapeutique de l’aromathérapie contre les symptômes de ménopause. Elles ont reçu une première séance d’aromathérapie en massage (huile essentielle de lavande diluée à 1 % dans l’huile de noix de macadamia), puis ont été invités à pratiquer l’automassage pendant un mois, de trois à quatre fois par semaine. La comparaison des résultats avant et après le traitement indique une réduction de la gravité des symptômes chez toutes les patientes. Toutefois, compte tenu de l’absence de groupe contrôle, et sachant que l’effet placebo peut expliquer au moins 30 % de l’effet observé, aucune conclusion formelle ne peut découler de cette petite étude de faisabilité.
Autres. Des études existent dans la littérature relativement à l’effet bénéfique de l’aromathérapie contre certaines affections : eczéma, infections, maladies respiratoires, nausée postopératoire, arthrite, sclérose en plaques, réduction du travail durant l’accouchement, anxiété prénatale, épilepsie, dépression, capacités cognitives, etc. Cependant, aucune de ces études ne permet de tirer de conclusions claires quant à l’efficacité de l’aromathérapie dans ces situations.
Attention
Quelques études font état de réponses allergiques envers certaines huiles essentielles.
Selon quelques cas rapportés, il est possible que l’huile essentielle de romarin puisse déclencher des crises d’épilepsie. Des auteurs sont d’avis que des études devraient être réalisées pour déterminer la sécurité de l’utilisation de certaines huiles essentielles durant grossesse, l’accouchement ou avec les nouveau-nés.
A SUIVRE
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